dimanche 31 janvier 2010

Retour sur Carole Roussopoulos

Pour les 40 ans du MLF, je me suis fixée un défi : faire le portrait de 40 femmes, qui à leur manière ont fait bouger les choses, soulèvent des montagnes pour que l'humanisme et l'humanité avancent, un tant soit peu, sur notre planète qui semble aujourd'hui si petite.
Au gré de l'actualité, je publie donc ces portraits sur Youphil. Il est vrai que mes années de militantisme me facilitent les choses . La plupart du temps, les thématiques abordées, je les suis depuis des années. Quant aux personnages, si je ne les connais pas directement, des ami-es m'introduisent auprès d'elles, ce qui me facilite la tâche.

Sauf que pour Carole, ce fut bouleversant et il m'a bien fallu 5 semaines pour écrire mon article, publié le 22 janvier, à l'occasion de la soirée organisée en son hommage au théâtre Monfort.
Une soirée formidable.
500 personnes, hommes et femmes de toute génération, réuni-es, autour de Paul son compagnon, pour l'applaudir, nous émouvoir, revoir ses vidéos, écouter les témoignages de ses ami-es, rire ensemble et chanter.
Un bel hommage ... qui m'a permis de clore ces 5 longues semaines d'écriture.

Carole, je ne l'ai pas connue en direct, je ne l'ai pas interviewée comme je le fais d'habitude pour les autres portraits.
Elle venait de décéder et j'avais juste suivi l'angoisse de sa fin de vie à travers le quotidien et les paroles d'une amie, chez moi, au téléphone, par mail, dans un café.
Avec l'envie de faire un portrait fidèle, par amitié pour cette amie, par respect pour cette dame qui, avec le recul, m'apparaît comme ayant joué un rôle majeur dans les acquis des femmes de ces dernières décennies.
Son portrait a été publié sur Youphil, le 22 janvier, 3 mois après son décès.

une semaine comme les autres ...

"C'est ma faute,
C'est ma faute,
C'est ma grande faute d'orthographe,
Voilà comment j'écris
Giraffe"
écrivait Prévert ...

Moi, cette semaine, ma grande faute est de ne pas avoir regardé le Sarkozy show lundi soir à la télé ! Mais j'assume. J'ai bien essayé, mais là, c'était trop. C'est devenu une allergie. J'ai éteint la télé en me disant que la lecture des journaux serait largement suffisante.
Et j'ai embrayé sur une semaine bien chargée en me demandant comment j'allais faire pour tout concilier travail, activités militantes et vie privée ...

mercredi 14h : conférence de presse à l'Assemblée Nationale avec Shoukria HAÏDAR, arrivée d'Afghanistan pour la conférence internationale de Londres . Une conférence de presse bien atypique, où interviews à la presse et discussions entre militantes pour les droits des femmes alterneront sans cesse. Le soir, après dîner, je me pose devant mon ordinateur pour écrire ma chronique qui sera publiée le lendemain sur Youphil.

jeudi 20h : conférence de Mohamed Sifaoui à l'occasion de la sortie de sa première BD, "Ben Laden Dévoilé", nominée des Globes de Cristal. Je suis habituée à ses livres, ses discours. Cela fait déjà 27 ans que démocrate algérien, journaliste, il a échappé à des attentats et s'est engagé contre l'intégrisme musulman. Mais là, je suis intriguée de le voir se convertir à la BD. Il nous annonce la parution de sa prochaine BD
" Ahmadinedjad atomisé" ...

vendredi 9h : Je retourne à mes préoccupations professionnelles pour assister à l'intervention de Serge HEFEZ, lors du colloque " Adolescents et familles d'aujourd'hui, crise ou mutation ? " . En fait, c'est le moment de réfléchir à la grande inconnue de ces dernières années : la famille. Entre familles traditionnelles, monoparentales, recomposées, re-recomposées, homoparentales, insémination artificielles, débats sur les mères porteuses, il est clair que notre société est en pleine mutation. Les politiques doivent légiférer. Le gouvernement accuse les parents d'être de mauvais parents, les professeurs d'être de mauvais professeurs, et de fabriquer de futurs délinquants. Loin de tout débat politicien, ce colloque me permet de réfléchir sur la parenté et la fonction parentale, et d'envisager une articulation entre projet de société et politique de la famille.

vendredi 20h : participation à la projection-débat autour du film " la Domination Masculine" dans le cadre de la campagne d'Europe Ecologie. Les féministes sont partagé-es : le réalisateur Patrick Jean semble nous présenter dans son film-documentaire les violences conjugales comme inexorables. Or si les racines des violences sont à chercher dans le système patriarcal, tous les hommes ne basculent pas dans la violences. Bref, déterministe, manichéen sont les principales critiques à ce film documentaire. N'empêche : 1 femme meurt tous les 2 jours sous les coups de son compagnon, et il est heureux que les luttes féministes de ces dernières années aient enfin réussi à mettre au grand jour ce scandale. Mi-février, le gouvernement mettra en discussion à l'Assemblée une loi contre les violences conjugales. Pour les femmes, une sérieuse avancée concernant le volet aide aux victimes. Notons tout de même, que le volet prévention-éducation est quasi inexistant.
Pas étonnant : le gouvernement ne fait toujours pas le lien entre le système patriarcal et les violences faites aux femmes ...

lundi 18 janvier 2010

soutien inconditionnel à Rayhana !

Il y a 3 semaines, le Manifeste des Libertés me prévient qu'ils organisent une soirée à la Maison des Métallos ( 75011) : la pièce de Rayhana, dramaturge et comédienne d'origine algérienne, " A mon âge je me cache encore pour fumer", sera suivie d'un débat avec la salle en présence de la troupe.
Je n'imaginais pas que j'allais passer la fin de cette semaine à la Maison des Métallos.

Mardi, Rayhana, alors qu'elle se rendait au théâtre, se fait aspergée d'essence par 2 hommes puis une cigarette allumée lui est jetée au visage. Heureusement, cette tentative d'immolation n'a pas réussie, et Rayhana réussit à s'échapper. Elle se réfugie dans 2 magasins pour demander une aide qui lui est refusée ! Elle réussit à joindre la police sur son portable et sera secourue aussitôt.
La barbarie à Paris.

L'information se répand sur Facebook . Fabien de Ménilmontant sort immédiatement sur son site un papier documenté

J'appelle la maison des Métallos qui me prévient de la conférence de presse de jeudi 16h. Arrivée là, je croise quelques visages connus de représentant-es d'associations laïques et féministes et des élu-es.

Nous nous installons pour la conférence de presse : Rayhana arrive entourée du metteur en scène et du directeur de la Maison des Métallos. Elle a le regard à la fois étonné d'être assaillie par les télés et radios, mais également grave.

J'apprends que déjà la semaine précédente elle s'était faite agressée verbalement par 2 barbus en sortant de chez elle : " mécréante, putain, on sait bien qui tu es". Elle avait alors porté plainte mais n'avait pas jugé utile de rendre publique cette agression. Aujourd'hui il s'agit d'une tentative d'homicide, doublée d'un " on t'avait prévenue ! "

L'enquête devra déterminer si les agresseurs sont des " salopards isolés" comme les a qualifiés l'adjoint au maire de Paris chargé de la culture, ou s'ils relèvent d'un réseau islamiste organisé.

Après avoir fait le récit de ces agression, Rayhana se plie à l'exercice mais ne plie pas en répondant aux questions des journalistes qui insistent parfois lourdement ...

"Non, je n'ai pas peur pour moi, mais parfois pour mes proches en Algérie", " non je n'ai pas pensé à la peur en écrivant ce texte", "oui je suis une militante féministe", "oui, j'ai écrit ce texte qui pourrait se passer partout ailleurs, en Espagne où les violences faites aux femmes sont la 1ère cause de mortalité .... mes personnages s'appellent Samia ... elles pourraient s'appeler Françoise". A la question perverse d'une journaliste : " saviez-vous que le théâtre est situé à Belleville, non loin d'un hammam et d'une salle de prière ? ", Rayhana répond : " oui non loin d'un hammam et d'une salle de prière réputée intégriste, mais je n'ai jamais eu de problème dans le quartier, et nous sommes en France !" Le directeur ajoute : " le théâtre et les comédiens n'ont jamais eu de problème dans le quartier". Puis Rayhana parlera de ses ami-es du spectacle qui ont été assassinés en Algérie, et de son parcours de comédienne en Algérie. " Non, je n'ai pas peur".

Cette pièce-là est sa première écrite en français. " C'est l'histoire de la résistance des femmes aux violences, les femmes résistent depuis si longtemps, que résister, c'est presque inscrit dans les gênes ! "

Lorsqu'après la conférence je la rejoins pour boire un café et lui présente le soutien de réseaux féministes, elle m'étreint, les larmes aux yeux. " Je n'allais pas faire comme les femmes battues, me taire, me cacher". Plus tard elle m'annoncera la décision collective de son équipe : continuer jusqu'au bout les représentations de sa pièce.

Le soir même, j'écris un article qui paraîtra le lendemain sur Youphil, puis un communiqué de presse pour le Secrétariat Exécutif Régional des Verts.

Vendredi je retourne au théâtre pour assister à la représentation et au débat. Des représentant-es du gouvernement et de la Mairie de Paris sont là. Après la représentation, Rayhana nous explique qu'elle a refusé des mises en scènes exotiques, genre un thé à la menthe offert au public, un véritable hammam sur scène ... En effet, dans cette pièce, tout est pudeur et touche à l'universel . Le hammam, c'est l'endroit où tout le monde arrive habillée, puis se dénude, même les " bachées", l'endroit où se disent les vérités, où les vies se racontent et s'entrecroisent. 9 femmes, 9 parcours de vie, sur fond de violences des années noires en Algérie, et de violences sexistes qui pourraient arriver tout à fait ailleurs. Les comédiennes racontent comment, bien que non maghrébines pour la plupart, elles ont investi leurs personnages.

Nous sommes bien dans l'universel, la liberté d'expression, la liberté des femmes, l'humain. C'est sans doute là qu'il faut chercher les motifs de cette agression liberticide.

Merci Rayhana pour ton courage et cet hymne à la liberté.